Au temps jadis nOtre nature n'était pas la même qu'à présent. Il y avait chez les humains trOis genres, et nOn pas deux cOmme aujOurd'hui. Il en existait un qui tenait des deux autres, le nOm s'en est conservé de nOs jOurs, mais le genre, lui, a disparu. En ce temps-là, en effet, existait l'andrOgyne, genre distinct, qui pOur la fOrme et pOur le nOm tenait des deux autres, à la fOis du mâle et de la femelle.
La fOrme de chaque hOmme cOnstituait un tOut. Ils avaient quatre mains, le même nOmbre de jambes, deux visages tOut à fait pareils. Ils avaient aussi quatre Oreilles. De là leur fOrce terrible, et leur vigueur, et leur Orgueil immense. Ils s'attaquèrent aux dieux : ils tentèrent d'escalader le ciel, pOur les cOmbattre.
AlOrs Zeus, après avOir réfléchi, parla ainsi : "Je crOis tenir un mOyen pOur qu'il puisse y avOir des hOmmes et que pOurtant ils renOncent à leur indiscipline : c'est de les rendre plus faibles. Je vais maintenant cOuper par mOitié chacun d'eux.'' Ayant ainsi parlé, il cOupa les hOmmes en deux.
Quand dOnc l'être primitif eut été dédOublé, chacun, regrettant sa mOitié, tentait de la rejOindre. S'embrassant, s'enlaçant l'un à l'autre, désirant ne fOrmer qu'un seul être, ils mOuraient de faim, et d'inactiOn aussi, parce qu'ils ne vOulaient rien faire l'un sans l'autre.
Chacun d'entre nOus est dOnc une fractiOn d'être humain dOnt il existe le cOmplément, puisque cet être a été cOupé et s'est dédOublé. Chacun, bien entendu, est en quête perpétuelle de sOn cOmplément. Dans ces cOnditiOns, des hOmmes sOnt amOureux de femmes, de la même façOn des femmes aiment des hOmmes, quant à ces femmes qui sOnt une part de femme, leur inclinatiOn les pOrte plutOt vers les femmes, et les mâles qui sOnt une part de mâle recherchent les mâles.
Quand dOnc l'amOureux rencOntre l'être qui est précisément la mOitié de lui-même, une émOtiOn extraOrdinaire les saisit et ils refusent d'être détachés l'un de l'autre, ne fut-ce qu'un mOment. Et ces être, qui passent tOute leur vie l'un avec l'autre sOnt des gens qui ne sauraient même pas dire ce qu'ils attendent l'un de l'autre, nul ne peut crOire en effet que ce sOit la jOuissance amOureuse, et se figurer que telle est la raisOn de leur jOie et de leur grand empressement à vivre cOte à cOte. C'est autre chOse, évidemment, que veut l'âme de chacun, une chOse qu'elle ne peut exprimer, mais elle devine ce qu'elle veut et le laisse Obscurément entendre.
La raisOn en est que nOus fOrmOns un tOut : le désir de ce tOut et sa recherche a le nOm d'amOur.